La musique dans les régimes totalitaires, par Ilyesse Hamra

Publié le - 19h00Hôtel Bedford

« Tout dans l’Etat, rien contre l’Etat, rien en dehors de l’Etat ». Par cette maxime, Mussolini entrouvre l’idée d’une main mise totale de la société jusqu’au fin fond de l’esprit et de l’âme de chaque membre organique de la communauté. C’est donc sans surprise que les plus grands régimes totalitaires de l’histoire ont construit un nouvel idéal musical, soutenu un discours idéologique sur l’histoire de la musique et ont favorisé ou défavorisé la création musicale au profit d’intérêts politiques. Au cœur des mécaniques de contrôle du XXe siècle, les régimes nazi et soviétique ont partagé une obsession commune,  transformer l’art des sons en un levier de pouvoir absolu. Tandis que le Troisième Reich exaltait une pureté raciale à travers un romantisme héroïque expurgé de tout « art dégénéré », l’URSS stalinienne imposait le réalisme socialiste, une esthétique accessible et optimiste destinée à galvaniser les masses contre le  formalisme bourgeois. Cette politisation extrême soulève une question fondamentale : comment ces deux idéologies ont-elles métamorphosé la création musicale en un instrument de cohésion nationale et d’exclusion politique, et dans quelle mesure les compositeurs ont-ils pu naviguer entre une soumission apparente et une forme de résistance interne ?


Ilyesse Hamra est professeur d’histoire-géographie, s’intéressant notamment à la politique culturelle, artistique et musicale en Russie. Il participe périodiquement à la critique musicale à travers le site du Wanderer, Forum Opéra ou encore Olyrix. Il a entre autres interviewé Carlo Rizzi.