Nos premiers deux boursiers à Bayreuth
Jeudi 22 août, 15h44 : le leitmotiv des pèlerins résonne depuis le balcon de l’entrée principale du Festpielhaus. La cinquième représentation de Tannhäuser de l’édition 2024 commence dans seize minutes. Sous un soleil de plomb, la somptueuse fanfare de musiciens de l’orchestre projette avec brio ce thème central dans l’intrigue de l’opéra. L’exaltation est palpable, à l’opposé du secret et de la douceur avec lesquels ce thème est entonné par l’orchestre un quart d’heure plus tard, dans une obscurité envoûtante. Tannhäuser est la première des trois représentations à laquelle nous avons la chance d’assister. La mise en scène est flamboyante, l’hommage à Stephen Gould touchant, la qualité du plateau remarquable…l’émerveillement est à son comble. 
Dès l’arrivée au Festpielhaus, la simplicité architecturale du lieu est frappante. L’extérieur du monument, tout comme son intérieur sont exempts de toute fioriture, ne sacrifiant à l’esthétique que quelques lumières dans le style de l’époque de sa construction. Les entrées elles-mêmes ne sont que des couloirs allant dans les gradins : quelle différence avec le Palais Garnier ! Le parc, se déployant sur cette « colline verte », est un écrin bucolique où l’on prend un grand plaisir à déambuler. La performance en extérieur entre le premier et le deuxième acte de Tannhäuser prend d’ailleurs place dans le cadre enchanteur des abords du lac.
Le lendemain, le 23 août, se tient la deuxième journée du Ring. Klaus Florian Vogt est épatant de fraîcheur et de clarté dans son timbre, rendant à son Siegfried un caractère juvénile, sensible et fougueux. Sa performance est d’autant plus impressionnante qu’il chantait le rôle de Tannhäuser la veille…La mise en scène n’est pas très évidente, avec des éléments qui semblent assez éloignés du livret : voir ce Ring dans son entièreté semblerait nécessaire pour en saisir la logique.
Si la réalité augmentée n’est pas à la portée de tous les yeux des spectateurs, l’ultime Parsifal du festival marque néanmoins l’apothéose de ce séjour à Bayreuth. Un orchestre époustouflant, des chanteurs avec une palette d’expressions et de nuances immenses, une scénographie soignée…autant d’éléments qui justifient l’intensité des applaudissements et des acclamations de cette dernière.
Nous nous sentons extrêmement privilégiés et reconnaissants d’avoir vécu ces moments inoubliables, grâce au Cercle Richard Wagner de Paris. Ce séjour a été l’occasion de magnifiques rencontres avec les nombreux autres jeunes venus grâce à d’autres Cercles. L’ambiance entre les boursiers de tous pays fut un terreau riche d’échanges, de rires, de débats, de promesses de se revoir…De cette montagne magique, hors du monde, on souhaiterait, comme Hans Castorp, que le séjour puisse être prolongé (sans toutefois la même issue dramatique…). L’espace-temps est en effet si particulier, si intense ; nous partageons indéniablement et sans discontinuité des moments hors normes : « Du siehst mein Sohn, zum Raum wird hier die Zeit ».
Emma Gergely et Blaise Cardon Mienville
