Gabrielle Savelli

Mon expérience au Festival de Bayreuth

L’ambiance à Bayreuth est toute particulière, l’on peut sentir les habitués qui connaissent le lieu et les oeuvres sur le bout des doigts et qui pourtant sont aussi impatients que nous, stipendiaten, de rentrer dans la salle.
La première soirée au Festspielhaus fut avec Tannhäuser. Si la mise en scène m’a surprise au premier abord, je me suis rapidement laissée prendre au jeu. Tannhäuser apparaît en clown, avec Vénus vêtue d’une combinaison noire à paillette, accompagné d’une drag-queen, le Gâteau Chocolat (qui joue son propre rôle, car c’est également son nom de scène dans la vie) et d’un comédien, Manni Laudenbach. Une troupe itinérante sans le sou, et enchaînant les frasques, entre captation vidéo et scène. Tannhäuser finit par quitter cette troupe, et ses pas le mène auprès de son ancien amour Elisabeth.

Gabrielle Savelli

Les voix sont toutes évidemment d’un très haut niveau, mais une se détache des autres à mon avis tout personnel, celle de Lise Davidson l’interprète d’Élisabeth. Le timbre de voix est enveloppant, tout en gardant ce brillant qu’il lui faut pour gagner toute la salle. Le jeu d’actrice n’a rien à lui envier : notamment au retour des Pèlerins, elle livre une performance tout en nuances et nous amène à avoir la gorge serrée par son désespoir.
Pour le deuxième soir, nous avons eu droit à Lohengrin, dans un monde post apocalyptique, une centrale électrique ou seuls les insectes ont survécu. La fin de l’opéra se traduit par le retour de la nature, en petit bonhomme tout vert et couvert de mousse qui n’est pas sans rappeler une certaine publicité de chez nous. Malgré de beaux tableaux parfois oniriques, je n’ai pas accroché à cette mise en scène, mais heureusement les voix et les interprètes étaient là : Lohengrin interprété par Klaus Florian Vogt avait un timbre très clair, et rendait des moments de douceurs dans ses passages pianos tout en subtilité. Elsa (Camilla Nylund) était d’une voix limpide et puissante, de même que le couple obscur Fréderic de Teralmund (Martin Gantner) et Ortrud (Petra Lang). Une très belle mention également au maestro Christian Thieleman, qui a su rendre les moindres phrasés de l’orchestre parfaitement ciselés. Il emporte d’ailleurs la salle lors des saluts, avec une standing ovation.
Enfin, lors de la dernière soirée mais non la moindre, ce fut Le Vaisseau Fantôme. Ayant eu la chance de pouvoir chanter les choeurs de cette oeuvre à l’Opéra de Massy en novembre dernier je l’attendais avec impatience. Dans cette mise en scène, point de fantôme à proprement parlé, si ce n’est celui du passé avec le thème de la vengeance en fil rouge. Lors de l’ouverture, nous voyons un homme quitter une femme avec virulence, et celle-ci, de désespoir se suicide en se pendant sous les yeux de son petit garçon. Nous comprenons peu après qu’il s’agit du père de Senta, Daland et que le petit garçon n’est autre que le Hollandais revenu pour se venger.
Les interprètes là encore sont exceptionnels. Senta, interprété par Elisabeth Teige offre une performance incroyable et porte par sa présence tout l’opéra. La voix est puissante, assurée,
et son jeu de femme/enfant un peu rebelle, tiraillée entre deux hommes parfaitement mené. Eric, campé par Eric Cutler livre une voix ronde et ample, une des plus belles voix de ces trois productions. Le Hollandais, est bien rendu par Thomas J.Mayer, avec une richesse profonde dans les graves qui résonne dans toute la salle.
La surprise se trouve à la fin de l’opéra, quand le Hollandais violent avec Senta qui l’accuse d’être comme toute les autres se fait finalement tuer par Mary, qui dans cette adaptation est la mère de Senta. Bien qu’inattendue, et ne correspondant pas à la fin traditionnelle, elle avait dans cette mise en scène tout son sens selon moi, dégageant une nouvelle perspective.
Avoir la chance d’assister à ces trois opéras dans ce cadre magnifique fut une expérience très enrichissante que je suis heureuse d’avoir vécue.
Je souhaite donc terminer en remerciant très sincèrement le Cercle Wagner de Paris et ses membres, notamment Annie Benoit et Cyril Plante pour m’avoir permis ce voyage haut en couleurs et émotions, ainsi que Nadine Denize qui m’a recommandé et mise en relation avec le Cercle Wagner.
A vous tous, merci !

Gabrielle Savelli