Du 13 au 17 mai 2015.
Spectacle :
- L’Anneau du Nibelung
>> Plus d’information sur le site de l’Association internationale des Cercles Richard Wagner
Compte-rendu du congrès par Annie Benoit
Congrès international Richard Wagner,
du 13 au 17 mai 2015
Chaque année, un congrès réunit, en mai, les Wagnériens du monde entier. Cette année, la manifestation a réuni plusieurs centaines de participants en Allemagne, à Dessau, ville tranquille, située au sud de Berlin, qui doit sa notoriété à l’implantation, à la fin du XIXe siècle, de sociétés métallurgiques qui ont produit les avions Junkers, ainsi qu’à celle du Bauhaus, transféré de Weimar en 1926, à l’initiative de l’architecte berlinois Walter Gropius. Le choix de cette ville pour le congrès était lié à la présentation d’un Ring entier sur cinq jours (cf. critique de Chantal Barove).
La cérémonie d’ouverture du congrès a eu lieu dans la Marienkirche, en présence de Madame Merk-Erbe, maire de Bayreuth, et de Madame Eva Wagner, présidente d’honneur du Cercle de Paris, dont vous pourrez lire, en en cliquant ici, le discours de bienvenue.

du Cercle International
en compagnie de notre présidente (photo : Chantal et Alain Barove)
La réunion des délégués réunit les présidents des différents cercles wagnériens. Une dizaine de membres du Praesidium ont déposé une motion de défiance à l’encontre du président du Cercle International, Thomas Krakov, élu en 2014 à Graz, selon une disposition prévue aux statuts. Un nouveau président, Horst Eggers, a été désigné. Celui-ci, résident de Bayreuth, avait été, il y a quelques années, trésorier du Cercle International. Il a tenu à nommer immédiatement un nouveau secrétaire.
Il n’y avait pas lieu de faire de nouvelles élections pour les membres du Praesidium. Nos deux membres adhérents du Cercle de Paris conservent leur fonction : Jacques Bouffier, comme vice-président non allemand, et Christian Ducor, comme membre non allemand du Praesidium.

dans le hall de l’Opéra de Dessau (photo : Chantal et Alain Barove)
Nous garderons un très bon souvenir de ce congrès grâce à la gentillesse et l’efficacité de la présidente, Madame Kristina Hinsch, et ses organisateurs, dont Monsieur Günter Anton.
Annie Benoit
Critique du Ring par Chantal Barove
Du 13 au 17 mai 2015, Dessau-Roßlau, Anhaltisches Theater
Appelé le « Bayreuth du Nord », l’Anhaltisches Theater de Dessau compte plus de 150 ans de tradition wagnérienne : Tannhäuser est la 1ère œuvre jouée, le 20 mars 1857, puis le Ring, en 1893. Wagner, lui-même, y est venu en 1872, pour promouvoir ses idées pour un festival. Les principales œuvres de Richard Wagner sont depuis régulièrement au répertoire de ce théâtre.
Le Ring proposé au cours du congrès de mai 2015 est totalement nouveau. Ce projet, né en 2009, et présenté, dans le désordre, de 2012 à 2015, est un « Bauhaus Ring », combinant ce qui fait l’héritage culturel de Dessau : le rapport avec Wagner, d’une part, et le mouvement du Bauhaus, d’autre part. Il est, cette fois, donné en intégralité, et dans l’ordre chronologique.

André Bücker, également directeur du Théâtre de Dessau, est un fabuleux metteur en scène, inventif et cohérent dans sa pensée. Le fil rouge de sa mise en scène est l’image. Il utilise les dernières techniques audio-visuelles (vidéo, informatique) pour traduire les situations et les sentiments des divers protagonistes, selon la philosophie des artistes du Bauhaus. Les volumes sont stylisés autour du cube (cube doré de l’or du Rhin, rocher de Brünnhilde) et du cercle (anneau, rideau semi-circulaire à 2 pans). Les scènes de drame et de pure comédie, voire de burlesque, alternent.
Les costumes de Suse Tobisch s’inspirent des formes d’Oskar Schlemmer, scénographe du ballet allemand, et notamment de son Ballet triadique.
L’Or du Rhin est un voyage à travers l’histoire de l’art et du cinéma muet. La projection de silhouettes, sur une toile, doublant les personnages sur scène, renforce la situation comique. Les costumes blancs, très réussis, et les robes à tournure, rappellent l’époque où Wagner a visité Dessau.
Le 1er acte de La Walkyrie est glacial et dépourvu d’émotion, ce qui est le comble, pour un acte aussi intense. Le frêne est représenté par un énorme câble déconnecté du circuit originel, Sieglinde et Siegmund se mouvant comme des individus de film muet.

le 14 mai 2015 (photo : Stephan Adler)
L’action s’anime au 2e acte. André Bücker part de l’idée que Wagner, s’il était né 50 ans plus tard, aurait été cinéaste, et que les éléments hollywoodiens contenus dans son œuvre auraient, plus tard, inspiré le cinéma. Wotan est donc vu comme un metteur en scène d’un studio d’Hollywood, entouré des bobines de ses films et de ses récompenses. Brünnhilde est une « script » qui va superviser le tournage, en direct, des amours des jumeaux, sur fond de décors de films. Mais la Walkyrie va détourner la fin du scénario, en déchirant la dernière page pour la réécrire.
Au 3e acte, après une fête bien arrosée chez les Walkyries métamorphosées en starlettes d’un soir dans un « bar branché », ce décor se transforme en rocher de Brünnhilde.
Dans Siegfried, le metteur en scène présente le héros comme un être vierge et révolutionnaire. Devant sa PlayStation, Siegfried est un consommateur compulsif de jeux vidéo. Les protagonistes deviennent même des pions sur l’échiquier informatique. Au moyen d’un programme, Siegfried va procéder, sur grand écran, à la résurrection de Notung. C’est à la fois long et fastidieux. D’ailleurs, cette débauche de vidéo est le point faible du 1er acte de Siegfried. En outre, la voix de Jürgen Müller (Siegfried) est difficile à supporter : stridente, raide et forcée, sans aucune nuance.

le 15 mai 2015 (photo : Stephan Adler)
Au 2e acte, la géométrie du Bauhaus est reprise dans la conception des costumes (Fafner enfermé dans des lances, l’oiseau, dans un double cercle lumineux, et Erda, dans une crinoline).
Les Gibichungen du Crépuscule des Dieux sont des automates, avec une gestuelle « à la manière de Bob Wilson » et des tremblements parkinsoniens… Le dispositif scénique (3 ascenseurs qui montent et descendent sans cesse) est énervant. En revanche, les éclairages sont magnifiques, et les projections de tableaux célèbres sont très inspirées. Le rocher de Brünnhilde s’ouvrant en mille-feuille est une jolie image. Le final est émouvant : un petit Siegfried, embryon dans un cube de verre, remet l’anneau à Brünnhilde pour être restitué aux Filles du Rhin, et revient seul sur le devant de la scène, comme un symbole du renouveau.
La troupe (solistes et chœurs) est d’un excellent niveau, et recèle même de merveilleuses surprises : le baryton Ulf Paulsen (Wotan et Gunther), malgré un timbre nasal, a une voix vibrante et une énergie inépuisable. C’est, de plus, un remarquable acteur. La mezzo-soprano Rita Kapfhammer rayonne dans les rôles de Fricka, Erda, Waltraute et Flossilde, avec un timbre somptueux, une intonation souple et une intensité dramatique phénoménale. La soprano dramatique bulgare KS Iordanka Derilova est une belle Brünnhilde. Avec sa silhouette souple et juvénile, elle campe une jeune guerrière avec une présence scénique fascinante. C’est une véritable chanteuse-actrice, possédant une puissance vocale et une incroyable diversité dans les gestes et le langage du corps. Habituée du répertoire verdien, elle aborde le rôle avec beaucoup de lyrisme. On aurait aimé entendre plus longuement la jeune mezzo Anja Schlosser, la Erda du prologue.
Le chef néerlandais Antony Hermus est, depuis la saison 2009/2010, le directeur musical et le chef principal de l’Opéra de Dessau. À la tête de l’orchestre Anhaltische Philharmonie, il a grandement contribué au succès de cette production, avec un enthousiasme qui lui a attiré la sympathie du public.
Ce Bauhaus Ring, à la fois historique et très moderne dans sa conception, a séduit ou irrité, selon les goûts et les attentes de chacun.
Chantal Barove
avec l’aide amicale de Christiane Guillard et Stephan Adler pour la traduction des informations figurant dans le programme