Innsbruck

mercredi 20 juin 2018

Du 21 au 24 juin 2018.
Spectacles :

  • Rienzi
  • répétition du Crépuscule des dieux
  • gala Wagner, direction : Gustav Kuhn
  • Ces sacrés Nibelungen, mise en scène : Dale Albright
  • Orchestre universitaire d’Innsbruck, direction : Claudio Büchler

*     *     *

Après un Congrès très réussi à Graz, en 2014, les Wagnériens se retrouveront de nouveau en Autriche, à Innsbruck, du 21 au 24 juin 2018.

Au carrefour de l’Inn et de la Sill, Innsbruck (pont sur l’Inn), capitale administrative et intellectuelle du Land du Tyrol, est située à l’intérieur même de la chaîne des Alpes. Le Congrès est organisé par l’Association Richard Wagner conjointe d’Innsbruck et Bolzano, ville italienne de la région du Trentin-Haut-Adige.

Au carrefour de l’Inn et de la Sill,
Innsbruck est située à l’intérieur même de la chaîne des Alpes (photo : DR)

Innsbruck bénéficie d’une situa­tion unique. En vingt minu­tes à peine, il est possible de pas­ser d’un centre-ville médié­val à la terrasse ensoleillée d’un restaurant à 2000 mètres d’alti­tude. Pour cela, il suffit d’em­prun­ter les télécabines qui con­dui­sent directement au som­met pour jouir d’un pano­rama excep­tion­nel sur les toits de la ville et la chaîne des Alpes.

À Innsbruck, l’inter­pré­ta­tion des œuvres de Wagner a une longue tra­di­tion. Le Théâtre du Land du Tyrol nous proposera une représentation de Rienzi. Nous aurons aussi la possibilité de nous déplacer à Erl, situé à 85 km d’Innsbruck, où a lieu, chaque année, un festival d’opéras, qui programme, entre autres, des œuvres de Richard Wagner. Gustav Kuhn en assure la direction musicale et la mise en scène. Nous pourrons y assister à une répétition du Crépuscule des Dieux.

Comme pour chaque congrès, des visites de la ville, des concerts, des cocktails, des buffets… sont prévus. Une excursion sera organisée à Wattens, petit village à l’est d’Innsbruck, pour visiter les Mondes de Cristal Swarovski, lieu unique dédié à l’imagination. De plus, vous pourrez vous laisser tenter par les bijoux de cette célèbre marque !!!

>> Plus d’information sur le site de l’Association internationale des Cercles Richard Wagner

>> Télécharger le programme

Compte-rendu du congrès par Chantal Barove

Congrès international Richard Wagner,
du 21 au 24 juin 2018

 

De belles journées ensoleillées nous ont permis, ainsi qu’à une vingtaine de membres du Cercle de Paris, de découvrir Innsbruck, capitale du Tyrol, dans son écrin de montagnes.

Le concert d’ouverture a eu lieu le jeudi 21 juin, au palais des congrès d’Innsbruck, avec des extraits d’œuvres de Mozart, Schubert, Renié, Bartók et Wagner, et, comme solistes, Annedore Oberborbeck (violon), Magdalena Hofmann (harpe) et Johannes Maria Wimmer (basse). Ce concert a été entrecoupé de dis­cours du président du CRW d’Innsbruck, M. Ekkehard Kappler, du président du Cercle International, M. Horst Eggers, et d’Eva Wagner-Pasquier, notre présidente d’honneur. Nous avons particulièrement apprécié la belle sonorité du violon d’Annedore Oberborbeck et la profondeur de la voix, nuancée d’accents déchi­rants, de la basse Johannes Maria Wimmer, soliste du Tiroler Landestheater.

Gala Wagner, au Festspielhaus d’Erl
avec le baryton Oskar Hillebrandt, pour son jubilé
et le chef Gustav Kuhn (photo : Stephan Adler)

Le lendemain, vendredi 22, notre prési­dente, Annie Benoit, et notre trésorière Shirley Avignon, étaient présentes à la réunion des délé­gués, pendant que nous visitions le château impé­rial. L’après-midi, plusieurs bus nous ont con­duits à Erl, joli petit village autrichien niché au pied des montagnes du Tyrol, dans le district de Kufstein, à la frontière avec l’Allemagne. C’est là que se déroule, chaque été, un festival de musique réputé pour ses opéras de Wagner. Ce festival a été créé en 1998 par le chef d’orches­tre Gustav Kuhn, et est un peu le « Bayreuth autrichien ». C’est justement Gustav Kuhn qui nous accueillait, ce jour-là, pour nous per­mettre d’assister à une répétition de l’acte III de Tannhäuser, dans l’ancien bâtiment blanc « Théâtre de la Passion » (Passionsspiele), avec des chanteurs de bon niveau, mais dont les noms ne nous ont pas été communiqués. Après un buffet organisé dans ce bâtiment, nous avons « émigré » dans la nouvelle salle, audito­rium moderne et confortable, à la bonne acous­ti­que, un bâtiment noir (Festspielhaus), où le bary­ton allemand Oskar Hillebrandt, âgé de 75 ans, fêtait son jubilé (50 ans de scène). Il nous a offert des airs redoutables du Vaisseau fantôme, de Parsifal, des Maîtres chanteurs, avec une jeunesse et une endurance étonnan­tes, une voix puissante et longue, et un souffle impressionnant.

L’ancien bâtiment blanc, nommé Passionsspiele (photo : Alain Barove)
Le nouveau bâtiment noir, nommé Festspielhaus (photo : Alain Barove)

Samedi 23 juin, avant Rienzi (cf. critique de Chantal Barove), nous avons visité le château d’Amras, joyau de la Renais­sance, son cabinet d’art et de merveilles, sa salle espagnole et ses jardins.

Le congrès s’est achevé par un concert, le dimanche 24, dans la grande salle du palais des con­grès, avec notamment des airs de Bellini (Norma) et Gounod (Faust) chantés par la déli­cieuse soprano Sophia Pisching, dont la voix pure, d’une grande douceur et au legato exquis nous a séduits, ainsi que la perfection de son fran­çais. L’orchestre Universitätsorchester Innsbruck, composé de jeunes étudiants talen­tueux, était dirigé par le dynamique et souriant chef Claudio Büchler.

Cette dernière journée s’est terminée par un sympathique déjeuner dans la salle des fêtes du parc des expositions d’Innsbruck, où tout le monde s’est retrouvé avec plaisir.

Chantal Barove

Critique de Rienzi par Chantal Barove

Le 23 juin 2018, Innsbruck, Tiroler Landestheater

 

Rienzi, ou la chute d’un tribun…

Tout bon wagnérien sait que Rienzi fait partie des trois opéras de jeunesse de Wagner, avec Les Fées et La défense d’aimer, plus ou moins reniés par le compositeur, et jamais joués au Festspielhaus de Bayreuth. C’est donc une aubaine quand un théâtre propose de l’adap­ter. On se souvient de la réalisation réus­sie du Rienzi de Berlin en 2010, inspiré du Dicta­teur de Chaplin, jouant avec le globe du monde.

Tiroler Landestheater d’Innsbruck (photo : Alain Barove)

C’est une histoire complexe de ven­geance, d’amour déçu, d’honneur, de gloire et de doutes. Le metteur en scène, Johannes Reitmeier, intendant du Tiroler Landestheater, a situé l’histoire dans un cadre non spécifié du XXe siècle. Dans des dégradés de gris, les décors, conçus par Thomas Dörfler, sont com­po­sés de trois tours, réunissant les styles anti­que des tribuns, du Moyen Âge et de l’architec­ture fasciste du XXe siècle. Pivotantes, ces tours permettent des changements rapides de lieux.

Pour le metteur en scène, Cola Rienzi est obsédé par l’idée de devenir empereur, et, pendant toute l’ouverture, il apparait habillé en Napo­léon, dont l’image est projetée, à plusieurs repri­ses, sur le tulle de scène. Il est en bataille cons­tante avec sa sœur Irène pour savoir s’il lui faut prendre la couronne d’empereur. Rienzi est un démagogue, qui profite de la situation anar­chi­que pour s’établir comme dictateur des temps modernes, sorte de « Duce » coiffé du béret rouge, aimé de son peuple, qu’il fanatise par ses dons oratoires, qui le conduisent à une ascen­sion vertigineuse. Il se nomme d’ailleurs le « tri­bun du peuple ». Peu à peu, il va être déchi­ré entre son idéalisme et sa dangereuse fan­tai­sie de pouvoir, et perdre le sens des réali­tés. Il va se retirer dans un monde de plai­sirs et de fêtes, et, devant sa con­duite, le peuple va se retour­ner contre lui, en lui enle­vant sa con­fiance et son appui, ce qui sera le début de sa chute. Les ras­sem­ble­ments poli­ti­ques du peu­ple révolutionnaire bran­dis­sant des dra­peaux rouges sont fré­quents, dans cette pro­duc­tion. L’Église de Rome est aussi très pré­sente, avec les inter­ven­tions du car­di­nal Raimondo, légat du Pape, des cier­ges projetés pen­dant la prière du héros, et une apparition sur­pre­nante de reli­gieu­ses en infir­miè­res. Les nobles Colonna et Orsini sont pré­sen­tés comme des parrains de la mafia, armés de couteaux et de révolvers, de longs man­teaux et borsalinos, enca­drés par des gar­des avec mitraillette (pro­cédé récurrent chez de nom­breux metteurs en scène). Irène, la sœur de Rienzi, a une admira­tion et une fidélité sans bor­nes pour celui-ci, et ne pourra répon­dre à l’amour d’Adriano. L’attrac­tion profonde qu’elle éprouve pour son frère, quasi inces­tueuse, la con­duira à sacrifier son amour pour Adriano et sa vie. Adriano est en perpétuel con­flit avec lui-même, partagé entre cet amour et celui pour son père, Colonna, l’ennemi de Rienzi.

Josefine Weber (Irène), Marc Heller (Rienzi), Jennifer Maines (Adriano)
Florian Stern (Baroncelli), Unnsteinn Árnason (Raimondo) (photo : Stephan Adler)

Pour incarner ces personnages torturés, il fal­lait des interprètes de qualité. Le ténor amé­ri­cain Marc Heller est le grand titulaire du rôle inchan­ta­ble de Rienzi, qu’il a déjà interprété à Tou­louse. Il lutte constamment pour maintenir la ligne vocale, mais il faut lui reconnaître une for­mi­da­ble endurance dans ce rôle épuisant, même si ses aigus percutants sont parfois désa­gréa­bles. Sa prière de l’acte V, air mal placé dans la partition, alors que le chanteur est déjà fati­gué à ce stade de l’opéra, est plutôt réussie et émouvante. La mezzo canadienne Jennifer Maines est la grande triomphatrice de la soirée, dans le rôle d’Adriano. Elle a reçu, en 2015, le Österreichischer Musiktheaterpreis pour son inter­pré­ta­tion du rôle de Kundry. Avec une fabu­leuse technique, une voix puis­sante et expres­sive, d’indéniables dons d’ac­trice et un phy­si­que avantageux, elle est un mer­veil­leux Adriano, plein de doutes et de fureurs. Sa par­te­naire, la jeune Josefine Weber, (Irène, la sœur de Rienzi) m’a moins convain­cue. Son soprano est puissant et clair, mais sou­vent criard. La jeune basse Johannes Maria Wimmer, déjà dis­tin­gué lors du concert d’ouver­ture du congrès, était un excellent Colonna, père d’Adriano.

Il est remarquable qu’un théâtre comme celui d’Innsbruck arrive à ce niveau d’excel­lence, même si l’orchestre est inégal et mar­que des faiblesses, surtout pendant la lon­gue ouver­ture. Il y a de merveilleuses textures musicales, et le chef, Lukas Beikircher, premier Kapell­meister à la Deutsche Oper am Rhein de Düssel­dorf, imprime une dynamique à ses musiciens jusqu’au dénouement.

C’est la même équipe qui réalisa l’opéra Les Fées à Kaiserslautern. Cette production du Tiro­ler Landestheater plaide en faveur d’une considération plus sérieuse de Rienzi, cet opéra trop souvent délaissé de Wagner.

Chantal Barove

Merci à Stefan Adler pour sa traduction du programme.

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