Mises en scènes de Bayreuth

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Ce sujet a 7 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  Anne HUGOT LE GOFF, il y a 1 mois.

  • #2699

    Von Tronje
    Participant

    Lors de la présentation, dans la lettre du cygne, de cette conférence ; une nouvelle bataille d’Hernani semblait devoir se profiler entre les anciens et des modernes.
    J’avais fourbi mes armes, me classant plutôt parmi les anciens alors que notre conférencier serait plutôt un tenant des modernes.
    Une ardeur toute fois tempérée par la reconnaissance et un remerciement pour Monsieur Cherqui pour son abnégation et sa persévérance à maintenir cette réunion – maintes fois reportée.

    Plutôt réticent lors des considérations sur la critique voilée des partisans du : « c’était mieux avant »,
    j’ai dû, entièrement d’accord, adhérer lors de l’évocation du passage de l’éclairage du gaz à l’électricité et donc de la possibilité d’user de la profondeur de la scène et de modifier les possibilités de mise en scène. (Comme lors de tout changement technique majeur d’ailleurs).
    La suite avec des évocations picturales d’Apia, de Wieland réveillant des souvenirs que vous ne manquerez pas d’évoquer lors de la publication de notre bulletin trimestriel me désarma et plutôt que polémiquer, quelques réflexions connexes :

    Débuter les modernes en 1976 avec Chéreau = il y a 43 ans (ce sont déjà les prémices d’un mieux avant!).
    Mais quand ma référence est Wieland Wagner 1962 = 57 ans !
    Je ne suis plus un ancien mais un archaïque ! Mais j’assume et le proto-ancien affirme : c’était mieux, « bien-mieux » avant.
    Notre conférencier me donne lui-même des arguments :
    les extraits qu’il nous propose du jeu des acteurs datent de ces années Nilsson, Windgassen.
    Pour les Castorf et autres ce ne sont que des photos de décor plus ou moins réussis.

    Seulement un décor ce n’est pas une mise en scène ce n’est qu’une image.
    Alors que l’accord du jeu avec le son musical est à mon sens la meilleure façon d’atteindre au drame
    ce que faisait Wieland qui simplifie le décor à l’extrême.
    Dans son Tristan, les déplacements des chanteurs créaient une tension qui au moment de devenir insupportable se résolvait en un instant mais toujours avec un accord dicté par la musique.
    Merci de l’avoir illustré avec ce rare extrait de sa mise en scène (au Japon).

    C’est là que je propose un nuance, le texte est primordial ? : non. Le jeu l’est.
    D’ailleurs le conférencier dans son commentaire évoque l’interruption brutale de Brangäne (un cri sans texte) à un moment crucial comme un sommet de l’émotion.
    Grâce au ciel pas de sous-titre pour distraire l’attention. Mais Nilsson… mais Windgassen…, mais cet accord du geste, des attitudes, des mouvements avec le son pur et la partition.
    Les spectateurs auront tout suivi ou mieux tout ressenti.

    La musique est cachée ? : non.
    Bayreuth dissimule la musique ? : non.
    Elle cache ses cuisines ; la musique est présente le conférencier le dit lui-même : « dans l’or du Rhin la sensation vient du bas pour vous submerger comme un flot ».

    L’importance qu’il attache au sens et donc au mot m’a gêné je l’avoue car Wagner dans ses recommandations parle aussi de la longueur relative des notes importantes pour la compréhension et il faudrait donc apprendre l’allemand ?
    Je crois plutôt que c’était plus pour faciliter le chant.
    Wagner ne voulait pas de théâtre, -il aurait écrit des pièces-, mais la fusion du phonème avec la musique pour exprimer directement le drame.

    Pour la compréhension j’avais essayé (il y a longtemps, présomption de la jeunesse) de traduire Tristan.
    Le texte est lié à la langue maternelle et dès les premiers vers j’ai dû renoncer : Blaue Streifen stiegen im Westen auf : à l’horizon Wagner voyait des griffures d’azur s’élever,
    alors que moi je voyais (pauvre type, prosaïque) de banales bandes de nuages (altostratus ?) sur un fond bleu (la claque !).
    il ne m’est resté donc que le son immatériel, ineffable, pour seule façon de comprendre (sans la raison), de ressentir (directement) pour avoir un accès à l’idée, à la sensation.
    Je ne sais comment l’exprimer, le traduire clairement,
    mais quand un petit enfant pleure il n’y a pas besoin de surtitre pour savoir si c’est de colère, un caprice, ou de douleur ou de tristesse.
    C’est cette compréhension intime immédiate qui me fait redire que Wagner c’est autre chose que de l’opéra, que le snobisme d’un rite social.

    Après les nouveautés du Ring «de» Chéreau, et avec les quelques réticences que notre conférencier admet sur les toutes dernières mises en scène, je crains que dans quelques années il ne me rejoigne ou succède dans le club des « Ah si vous aviez connu avant !»
    Mais avec le patronage de Wagner lui-même : « ah ! Si vous aviez connu La Schröder-Devrient ! »
    Permettez alors le souhait d’un ancien de ceux qu’il faut conserver dans de l’esprit de vin :
    Qu’une nouvelle mise en scène, d’un nouveau génie, nous fasse savoir que Wagner c’est encore mieux que ce l’on croyait.

    Quant au Regietheater ? C’est du théâtre et pour happy-few.
    Je ne fais pas partie du club et j’ai besoin d’être initié.

    Lohengrin : il vient rétablir l’électricité dans le Brabant.
    La chambre nuptiale est donc un transformateur électrique…
    Mise en scène moderne ?
    Je parie que cette électricité n’est même pas verte, à moins que le bonhomme vert de la scène finale soit un signe précurseur d’écologie et non un représentant d’un organisme de crédit comme le suggère notre ministre de la culture !

    Parsifal : Amfortas qui a repris des forces « s’occupe de besogner» Kundry allongée sur une table ; ce n’est pas choquant c’est pire ; Ce n’est que laid.
    C’est peut-être du théâtre, ce n’est pas de l’art.

    Quant à Castorf
    J’y étais aussi, pour Siegfried :
    Un ours débile qui fait les poussières perché sur un escabeau ! Quel génie !
    Siegfried: „so schneide mein Schwert !“
    Où comment fendre en deux une enclume avec une Kalaschnikov !
    Ne vaut-il mieux, ici, ne pas comprendre le texte ?
    Siegfried : écolo ? Il trie les poubelles (et gamin !) pour jouer sur des pots de yaourt au pied d’un réverbère entouré d’une flaque d’urine
    pour illustrer la scène avec l’oiseau (de nuit bien sûr). Quel génie !
    Je passe sur les crocodiles qui copulent sur l’Alexanderplatz (ne cherchez pas dans les didascalies). Quel génie !
    Je n’ai pas hué pour ne pas manifester bruyamment mon coté béotien ignare.
    et contribuer au succès (car il y a des snobs courageux), mais aussi des pèlerins malheureux ayant attendu des années leurs viatique !
    Difficile pour eux de s’avouer être déçu !
    L’excuse de Bayreuth un atelier ? Mais il sort de belles choses d’un atelier surtout si ce sont les meilleurs ouvriers qui s’y attellent !
    Encore faut-il qu’il y ait une perfection à atteindre.

    Nouvel espoir le directeur de la Scala :
    « Dans les années 70 quasiment impossible de monter un Wagner décent car il n’y avait pas de Siegfried, Tristan, Brunhilde, une Isolde, décents
    (Ce que j’osais à peine dire pour ne pas passer pour être déjà un nostalgique sclérosé).
    « A vienne je me suis battu contre l’identification de l’opéra au précepte exclusif du Regietheater allemand » !!

    Et je répète je n’osais critiquer ! ! :
    Alors je vous l’affirme :
    » Ils ont été mauvais, ils le sont, hélas, encore et je vous le redit, parce que les versions de concert ne sont pas la solution
    et parce que moi comme Nietzsche j’ai aimé Wagner «

  • #2723

    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

    Tout d’abord, les excuses les plus navrées de la modératrice du forum. Sa fuite précipitée vers le déconfinement des montagnes -on n’y rencontre point d’ours, encore moins de cygne, mais pas de pandores non plus…. est sans doute la raison pour laquelle ce post très intéressant est resté si longtemps dans les limbes, et sans la vigilance d’Henri, le responsable du site, il y serait sans doute encore.
    Personnellement je n’ai été qu’une fois à Bayreuth, j’ai adoré l’ambiance, tout… mais le Parsifal qui se déroulait dans quelque chose comme un dépôt d’ordures m’avait singulièrement refroidie.
    Pour les mises en scène classiques ou modernes, peu me chaut: pour moi, il y a les bonnes et les mauvaises. Les bonnes, ce sont celles ou le metteur en scène fait apparaitre une vision inattendue, nouvelle, profonde de l’oeuvre. Je peux en donner deux exemples particulièrement parlants
    Quand Haneke remplace dans Don Giovanni, les paysans par des « techniciens de surface », il fait ressortir l’incroyable gap social qui existait à l’époque de Mozart entre les seigneurs et la piétaille des campagnes, et ainsi l’incroyable saloperie du méchant homme. C’est aspect social, si important chez les Mozart Da Ponte, il est trop souvent occulté, quand on nous montre une Zerline en jupon à dentelles, accompagnée de moutons à noeuds noeuds dans la toison
    Quand Claus Guth fait tomber un Lohengrin tout nu sur la scène, paumé, égaré, il nous rappelle qu’effectivement le héros arrive d’un monde noble et héroïque, pour tomber dans un monde de minables, mu par les mauvais sentiments. Il est complètement désarmé, oui, il est vraiment nu et désarmé comme un nouveau né dans cet univers piteux qu’il ne pouvait même pas imaginer.
    Quant à Bayreuth et au Ring, je reste absolument inconditionnelle de la mise en scène d’Harry Kupfer dont le me repasse régulièrement les dvd. Elle me semble idéale par la beauté du plateau dépouillé, l’incroyable direction des chanteurs (Chereau est un grand directeur d’acteurs, mais Kupfer est le plus grand directeur de chanteurs d’opéra…), qui fait que des chanteurs vocalement modestes nous apparaissent comme les meilleurs du monde. Les adieux de Wotan et de la Walkyrie sont un sommet d’émotion… Pas un geste qui ne soit juste. C’est une mise en scène qui maintenant, apparait complètement classique, mais qui en son temps, a choqué. Et j’ai bien peur d’une chose: que les mises en scène de Castorf ne deviennent jamais des classiques, qu’il n’en reste rien.

  • #2724

    Von Tronje
    Participant

    Puisse votre fuite devant l’épidémie nous amener la surprise d’un nouveau Décameron !
    (Une nouvelle par jour ! Un opéra par jour ? Je plaisante naturellement).

    Votre définition des qualités d’une bonne mise en scène dénote que vous avez, à priori, une profonde connaissance d’une œuvre longuement fréquentée.
    Je plaide non pour rechercher quelque chose de nouveau, d’inattendu mais pour exposer simplement un ouvrage, le mettre en valeur.

    Je vous abandonne la mise en scène d’Haneke du Don Giovanni, je ne l’ai pas vue.
    Mais, bien que je n’aime pas le personnage de Don Juan : « un méchant homme » ?
    j’y vois plutôt un personnage aux prises avec l’absurde.
    Sa transgression c’est le sexe débridé, les jupons en dentelles ne sont qu’accessoires pour émoustiller le spectateur.
    L’interrogation de Don Juan trouve sa réponse dans sa damnation car Mozart reste prudent, Dieu n’est pas encore mort !
    Don Juan, sa seule grandeur est dans son refus. (Sur un sol aigu forte, ce qui montre combien le repentir est difficile pour un baryton !)

    Pour l’interprétation de Guth, je crois que j’en ai déjà oublié une grande partie et ma foi, je vous l’abandonne aussi.
    Notre différent porte finalement plus sur la conception des personnages et plus encore sur leur entourage.
    « Un monde de minables, mu par des mauvais sentiments ».
    « Minables » :
    Elsa ?
    Telramund ? Peut-être, manipulé qu’il est par sa femme.
    Le peuple ? N’oubliez pas la panne électrique dans le Brabant (voir Bayreuth)
    S’éclairer à la bougie ne facilite pas l’héroïsme :
    Faust veut se suicider, Pimène gratte ses parchemins, Philippe II est déprimé ;
    Vous le constaterez avec la fermeture de Fessenheim et les retards bureaucratiques prévisibles au moment de la remise en fonction des centrales à charbon. Surtout lors des coupures qui nous sont annoncées si l’hiver est froid.
    (Ce qui est le propre d’un hiver, simple rappel pour nos élites, encore que maintenant la température n’est plus celle mesurée mais celle ressentie).

    « Mauvais sentiments » :
    Si je ne craignais d’être importun et si vous en aviez le loisir, je vous demanderais de préciser.

    De mon côté sous votre influence, Je viens de débuter le Ring vu par Kupfer.

    J’ai noté votre subtile, mais majeure et très importante distinction entre directeur d’acteur et directeur de chanteurs.
    Chéreau a reconnu dans un entretien qu’il ne connaissait et ne comprenait aucune des contraintes liées au chant, seulement, il a travaillé ces points et modifié ses approches.
    Entre le Ring chahuté de 1976 et le dernier triomphal il y a tout ce travail.
    Pour le centenaire outre le fait d’avoir des français, un manque de temps, un Boulez qui rêvait de diriger un festival Massenet en Province,
    Peduzzi qui jugeait complètement raté un de ses décors, le final du Crépuscule jugé si mauvais qu’il fut refait en un week-end !
    Le spectateur impartial s’il en existe parmi les wagnériens pouvait avec ce patronage émettre quelques réserves en 76 et applaudir après 5 ans de travail en 80 sans se déjuger.

    Si j’ai été un peu excessif avec le Regietheater
    c’est que je ruminais le courrier du Président de la Wagner Society of New Zealand et son ton de commisération pour « le pauvre vieux Nietzsche …qui a rejeté le compositeur comme s’effondrant au pied de la croix. »
    Que Wagner ne soit pas sectaire n’exclut pas son allégeance au christianisme.
    Il le revendique même, en témoigne le Comte de Villiers de l’Isle-Adam sous le contrôle de Cosima Wagner dans un
    Souvenir
    En automne 1868, je me trouvais à Lucerne : je passais presque toutes les journées et les soirées chez Richard Wagner.
    ………………………………………………………………….
    Un soir, à la tombée du crépuscule, assis dans le salon déjà sombre, devant le jardin,…………………………………………….
    — je demandai, sans vains préambules, à Wagner, si c’était pour ainsi dire, artificiellement ………………qu’il était parvenu à pénétrer son œuvre, …
    — et le Parsifal auquel il songeait déjà — de cette si haute impression de mysticité qui en émanait, — bref, si, en dehors de toute croyance personnelle, il s’était trouvé assez libre-penseur, assez indépendant de conscience, pour n’être chrétien qu’autant que les sujets de ses drames-lyriques le nécessitaient ; s’il regardait, enfin, le Christianisme, du même regard que ces mythes scandinaves dont il avait si magnifiquement fait revivre le symbolisme en ses Niebelungen.
    …………………………………………………………………………………………………………………..
    — Mais, me répondit-il en souriant, si je ne ressentais, en mon âme, la lumière et l’amour vivants de cette foi chrétienne dont vous parlez, mes œuvres, qui, toutes, en témoignent, où j’incorpore mon esprit ainsi que le temps de ma vie, seraient celles d’un menteur, d’un singe ? Comment aurais-je l’enfantillage de m’exalter à froid pour ce qui me semblerait n’être, au fond, qu’une imposture ? — Mon art, c’est ma prière :……………………………………………………………………………………………………………………….. — il faut donc à l’Artiste-véritable. à celui qui crée, unit et transfigure, ces deux indissolubles dons : la Science et la Foi. — Pour moi, puisque vous m’interrogez, sachez qu’avant tout je suis chrétien, et que les accents qui vous impressionnent en mon œuvre ne sont inspirés et créés, en principe, que de cela seul.
    Tel fut le sens exact de la réponse que me fît, ce soir là, Richard Wagner — et je ne pense pas que Madame Cosima Wagner, qui se trouvait présente, l’ait oublié.
    Certes, ce furent là de profondes, de graves paroles…
    ― Mais, comme l’a dit Charles Baudelaire, à quoi bon répéter, ces grandes, ces éternelles, ces inutiles vérités.
    Comte de Villiers de l’Isle-Adam.

    (Texte complet dans la Revue wagnérienne du 15 juin 1887)

    Le pauvre « vieux » avait 40 ans (30 ans plus jeune que Wagner) Il n’a jamais cessé de l’aimer : il a critiqué les wagnériens, les Allemands, son reproche le plus pathétique, reflet de son désespoir, est dans le Gai Savoir :
    Wagner s’est renié ! (mais il avait 70 ans, la fille de sa première femme, les filles de Cosima, son fils à élever avec un opéra à payer à crédit) Nietzsche touchait les 2/3 de sa pension et il était seul (c’est plus facile).

    Alors je transposais Nietzsche : Wagner tombé chez les allemands.
    Bayreuth tombé dans le Regietheater allemand.
    Même désespoir.

    P.S. j’en fait peut-être un peu trop.

  • #2726

    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

    Quelques brèves réponses
    Don Giovanni? C’est la définition de Molière: un « grand seigneur méchant homme »….

    Elsa n’est pas à la hauteur de son amour. Elle se laisse baratiner par une mégère. Elle n’est donc pas du tout à la hauteur des idéaux de Lohengrin…. Elle est terrestre, une petite bonne femme. Indigne du Graal

    Je n’ai pas bien compris la survenue de Fessenheim mais vous tombez chez une pro-énergie nucléaire fanatique…

    J’espère que vous apprécierez Kupfer. Ce qui n’enlève rien à la grandeur de Chereau, que j’ai maintes fois applaudi durant toutes les années où j’ai été abonnée aux Amandiers de Nanterre. D’ailleurs Kupfer lui même a toujours dit qu’il devait énormément à celui qu’il appelait « papa Chereau »… Sans Chereau ouvrant la voie, il n’y aurait peut être pas eu de Kupfer.
    Ce que j’aime chez lui c’est sa fabuleuse direction d’acteurs. Qui se rappellerait de Poul Eming, Anne Evans, voix modestes, mais incarnant leurs personnages? Regardez dans le Crépuscule? Comparez les Brunnehilde. Gwynneth Jones avec ses mimiques, agitant les manches surdimensionnées de sa chemise de nuit (pourquoi est elle tout le temps en chemise de nuit), tombant dans les pommes…. et à côté Anne Evans, droite, froide -c’est elle, la vierge (enfin, ex-vierge en l’occurence…) guerrière.
    Regardez tous les plus petits gestes, comme ils sont justes et signifiants
    Et puis, j’aime que Kupfer ait réintroduit le côté « héroïc fantasy » du Ring. Parce que le Ring, c’est aussi ça. Il y a certes ce chef d’entreprise qu’est Wotan, qui veut reprendre le pouvoir à tout prix, mais il y a aussi un côté fantastique, j’y suis sensible peut être parce que je suis une fana de la SF et de l’héroïc fantasy, ayant vu 12 fois la Guerre des étoiles et à peu près autant le Seigneur des Anneaux…. Wagner a énormément influencé tout ce petit monde…

  • #2744

    Von Tronje
    Participant

    Il me faut chanter la palinodie :
    le Regietheater n’est pas nécessairement un tissu d’inepties et ses décors uniquement des images sans rapport avec l’œuvre.
    J’ignorais le Ring vu par Kupfer.
    Pour les décors.
    L’Or du Rhin s’ouvre avec cet éclairage laser qui immobilise les eaux du fleuve en un plan lisse.
    Ce Rhin dont l’origine physique est indéfinie ne nait pas du lointain de la perspective, il ne s’écoule pas : il est.
    Il fige aussi par là même l’écoulement du temps qui n’est plus linéaire.
    Une curieuse sensation de temps hors du temps, la concrétisation abstraite d’un évènement passé mais toujours existant !!!
    Ce plan lisse permet aussi aux filles du Rhin de plonger littéralement pour se baigner dans le rayonnement doré de l’or donnant ainsi une image remarquable.

    Dans la Walkyrie le pendant de ce temps figé c’est l’espace, qui lui, devient illimité.
    Avec le décor circulaire de Wolfgang Wagner l’espace était étroitement circonscrit.
    Hugin et Munin pouvaient explorer le monde et Wotan devenir le Wanderer.
    Avec Kupfer c’est devenu impossible et Wotan en perdant l’information, le savoir, perd son reste de pouvoir.
    Interroger Erda n’y changera rien.
    Il s’agite beaucoup mais c’est qu’il est déjà englué dans la malédiction d’Alberich dont il ne peut s’échapper.

    C’est une nouvelle façon de présenter l’œuvre, une nouvelle perspective qui l’enrichi sans la trahir.

    Wagner écrivit qu’un français ne pouvait comprendre le Freischütz parce qu’il se poserait toujours la question :
    pourquoi 7 balles enchantées et non 10 ou même 12 ?
    Je ne saurais m’opposer à son jugement aussi :
    au 3ième acte.
    Première réaction : qu’est-ce que c’est que (sic !) cette passerelle qui se déploie ?
    Et là intervient la mise en scène :
    Les Walkyries courent dans tous les sens mais sans donner l’idée de désordre, seulement le sentiment qu’elles sont encore sous l’emprise de l’excitation des combats menés : du grand art.
    Autre artifice précédent quand Wotan furieux frappe le sol de sa lance et que l’espace se déchire : la scène se casse brutalement.
    Il y aurait des dizaines de remarques à noter mais en rapport avec l’œuvre non avec des théories fumeuses dont le seul intérêt est qu’elles passent avec les modes qui les ont suscitées.
    Avec Siegfried et le Crépuscule plus on se rapproche du temps présent réel connu plus les questions se multiplient et souvent la réponse est dans la mise en scène.

    Pour ceux qui ne connaissent pas cette version, l’actualité nous laissant des loisirs, précipitez-vous…
    Faites-vous votre propre jugement.

    Ce ring est aussi une réponse à votre question inaugurant ce forum :
    « Une question me vient à l’esprit : pourquoi les chanteurs wagnériens comptent-t-ils si peu de dive ? Pourquoi est ce plutôt dans le bel canto, voire le vérisme, que des chanteurs ont pu susciter une telle passion chez leurs fans, ….
    .Jonas Kaufmann semble en voie de divinisation mais la route est encore longue…. »

    J’attendais que vous nous fournissiez vous-même la réponse !
    « Fabuleuse direction d’acteurs…. voix modestes, mais incarnant leurs personnages.
    Regardez tous les plus petits gestes, comme ils sont justes et signifiants »
    Oui ces chanteurs comprennent ce qu’ils chantent donc leur mimique et leur jeu est juste ; Ils transmettent un message, le sens de leur histoire et une vérité à l’œuvre.

    A contrario le dive ou la diva est un chanteur dont le but est le son.
    Tant qu’ils ont de la voix ils peuvent en sus interpréter et ne sont alors connus que des connaisseurs
    puis vient le moment de la notoriété où devenu Diva l’oeuvre n’est qu’accessoire.
    Le nouveau public vient pour guetter le moment où l’artiste va lancer, qui un contre-mi, qui un ut,
    puis le temps faisant son œuvre il vient guetter le moment où l’artiste va craquer son mi, son ut.
    c’est le moment où il faut être.
    Mieux encore, si le spectacle est interrompu (doublure prévue ou non, remboursement ou non, scandale)
    De quoi animer quelques repas.
    On a quitté Wagner pour l’opéra où le discours n’a pas d’importance.

    « Tous les grands maîtres ont à cœur d’éviter que l’on comprenne leurs personnages…Que Rossini ait eu un peu plus de cynisme, ses personnages n’eussent plus chanté que Tra-la-la ; et ce n’eût pas été sans raison ! Car il ne faut pas croire « sur parole », mais « sur son », les personnages d’opéra. »
    (Nietzsche Le Gai Savoir 80)
    Mais ce n’est que de l’opéra et je vous ai toujours soutenu que Wagner c’est autre chose.

    Les grands chanteurs wagnériens pas des divas ? A Bayreuth ils restent les serviteurs d’un monde parallèle idéal.
    Les passions et l’enthousiasme s’expriment autrement et si un temps le silence concluait certain acte de Parsifal ce n’était pas par manque de « fan ».

    Aussi contrairement aux propos tenus sur Face-book, même avec les contempteurs qui y sévissent, il faut continuer d’aller à Bayreuth, parce que le pèlerinage est déjà une partie de l’œuvre !

  • #2747

    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

    J’aurais beaucoup de mal à classer Kupfer parmi les représentants du Regie Theater, même s’il vient de RDA…. Parce qu’il n’a pas l’arrogance de ceux qui ont « des idées géniales », et veulent absolument les étaler, mais reste d’une fidélité extrême à Wagner. Ses innovations ne sont que de forme, et pas du tout d’esprit. Il utilise abondamment les lasers. Il joue avec des décors d’esprit différents pour chaque journée. La Walkyrie, la plus profonde, la plus humaine, avec cette scène dépouillée, ce point de fuite qui évoque l’infini de l’amour, et on pense à cette phrase tellement prophétique de Wagner qui pourtant ne connaissait pas la physique quantique: ici, le temps devient espace….
    Quand on passe au Crépuscule, tout change: des machins et des machines ont envahis la scène. Eh oui! nous rentrons dans le monde des hommes. Le Rhin est canalisé, on implante des centrales hydrauliques, voila nos filles du Rhin emprisonnées dans de vilaines tubulures…. Mais, alors que nos hommes sont tout contents de leur vie, le mal est toujours là: Alberich, au premier plan, observe…
    Je maintiens mon opinion: cette version est la plus belle, la plus profonde, et la plus fidèle à l’esprit du grand Richard

    Quant à savoir s’il y a des dive et des diva wagnériens, peut être la réponse est elle dans l’attente des spectateurs; peut être n’y en a t-il pas actuellement (à part Jojo-le-chéri-de-ces-dames) mais reconnaissez qu’on attend la performance du Récit du Graal dans le même état d’esprit que Nessum dorma….
    Pour moi pour qui l’opéra est et doit rester un spectacle complet, le coup de glotte ne m’intéresse pas outre mesure. Je préfère celui qui me fait croire au personnage sur la scène à celui qui m’éblouit avec ses trois minutes cinquante de tenue d’un contre-ut…. Je préfère Linda Evans à Gwyneth Jones, Birgot Nilsson et consoeurs même si à la fin du Crépuscule on sent qu’elle n’en peut plus, qu’elle a tout donné, parce qu’avec elle je crois à Brünnhilde, mais je réagis exactement de la même façon face au vérisme ou au bel canto. Je veux que Cio Cio San soit minuscule, déterminée et pathétique et que Tatiana sache être tour a tour une gosse amoureuse puis une femme déçue mais droite, etc, etc…. et leur performances vocales peuvent passer au second plan.
    Je viens de regarder le Tristan historique (et controversé) mis en scène à Bayreuth par Heiner Muller. S’il faut donc trouver une diva parmi les chanteuses wagnériennes, je propose Waltraut Meier…. elle a tout!

  • #2801

    Von Tronje
    Participant

    A Garnier,
    j’ai assisté à un opéra dodécaphonique où il y avait plus de musiciens dans la fosse que de spectateurs dans la salle.
    J’ai suivi un temps l’exemple de ces absents.
    Quand je suis revenu, j’ai compris l’utilité des surtitres : savoir si l’on assistait bien à l’œuvre que l’on avait réservée !
    J’ai ressorti mon Adorno et conclu que j’étais intellectuellement hermétique à un univers hyper référencé.
    Résigné, par facilité, j’ai collé sous l’étiquette Regieteather tous les spectacles dont le génie (arrogant d’après vos dires) m’échappait.

    Je vous accorde que Kupfer que je ne connaissais pas sort du lot nettement et que je préfère de loin sa vision du Rhin à celle de Chéreau.
    Votre invite à comparer m’a amené à rechercher diverses versions du Ring : actuellement 25 (vingt cinq !) intégrales vidéo de l’Or du Rhin sont facilement accessibles.
    Cette fois je chante comme le Sifroid de Geneviève de Brabant : « l’excès en tout est un défaut, j’en ai mangé plus qu’il ne faut……….hélas je suis fixé : c’est une indigestion » ; encore que pour un wagnéromane ….

    Par ailleurs, je vous soupçonne d’agiter malicieusement un chiffon rouge devant mes yeux.
    Un même état d’esprit devant Nessun dorma et le récit du Graal, une même attente !
    O heilige Schmacht !
    O schmälicher Harm !
    Götternot !

    Nessun dorma : l’archétype du coup de glotte, on prend son souffle et l’on tient sa note, le public en délire (de préférence dans un cirque ou une arène pour le coté corrida) crie et obtient un bis, puis l’orchestre prélude un temps et s’arrête pour que le chanteur puisse s’incliner humblement la main sur le cœur. L’action repart et le partenaire suivant peste contre l’auteur qui n’a pas prévu un second air de bravoure pour renchérir !

    J’ai le souvenir d’une Aïda en 6/1965 avec Nancy Tatum, Rita Gorr, Paul Finel (?) Ernest Blanc (?).
    Tous les chanteurs, tous, ont bissé leur air. Du délire dans la salle, une soirée d’opéra exceptionnelle.
    (Décor de la création, mise en scène d’époque = Peu de souvenir), mais c’était de l’opéra, des voix !
    Vraiment une soirée marquante, un sommet.
    J’ai vu récemment (un extrait seulement) d’une Aïda
    dont le ténor laissait entendre qu’il lui était difficile d’exprimer ses sentiments envers une marionnette style art brut.
    Décor de la création ! Mise en scène revisité ! Futurs souvenirs ? C’était de l’opéra !!!, mais où est l’émotion ?

    De Wagner : je ne me souviens pas d’un seul bis.
    Le récit du graal : vraiment une autre attente.
    La diva à besoin de notes il n’y en a pas dans Wagner sauf peut-être les points d’orgue de Siegmund sur Wälse (sol bémol, sol)
    La diva (américanisé) Melchior tient le premier plus de deux fois plus longtemps que tous ses collègues et même trois fois plus longtemps que Domingo, Jérusalem, Monaco. Il est le seul dont le premier est tenu plus longtemps que le second.
    Résultat : sur scène, peut-être.
    Encore que ce coté performance n’a pas sa place chez Wagner.

    A l’écoute je pense à la leçon de chant de la Fille du régiment quand la marquise crie à Marie : Assez ! Assez !

    Wagner c’est vraiment autre chose, vous le savez vous qui l’écoutez.

    • #2806

      Anne HUGOT LE GOFF
      Modérateur

      Je n’aime pas les coups de glotte, et je trouve insupportable de tenir un cooooooontre…. je ne sais quoi sans que cela ne veuille rien dire. C’est sans doute pour ca que je préfère à toute les voix celle du baryton-basse. Quoique….. Simon Boccanegra: Fiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiglie, on a envie de lui dire, c’est bon, tu l’as reconnue ta fille, tu peux t’arrêter. Effectivement, la force de Wagner c’est qu’il n’y a pas place à ces gamineries….
      Pou la marionnette d’Aïda…. la fausse bonne idée. Oui, Aïda est une marionnette, la pauvre. L’idée, là, n’est point sotte. Mais il fallait s’en tenir là! Pourquoi son père qui, lui est, eu contraire, clairement du côté des manipulateurs!! Moi j’ai suivi la retransmission intégralement et c’est ce qui m’a sauté aux yeux…. Du coup, le pauvre Tézier avait l’air vraiment empoté…. Pourquoi, quand les MS ont une idée (géniale selon eux) ne sont -ils pas capables d’en user avec discernement?

  • #2808

    Von Tronje
    Participant

    (En attente de modération)

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