Le wagnérisme en France – César Franck et les autres, par Jean-Paul Bettendorff

Publié le - 20h00Hôtel Bedford

Le wagnérisme est une notion française qui a fortement imprégné l’esthétique musicale aux débuts de la Troisième République. Wagner, attiré par Paris, capitale culturelle européenne, fera représenter son Tannhäuser à l’Opéra de Paris en 1861, ce qui déclenchera un immense scandale. En 1871 est créée la Société Nationale de Musique, chargée de défendre l’« Ars Gallica », l’Art français. Le jeune régime républicain inscrit les anciennes légendes celtico-gauloises aux programmes scolaires, ce qui explique l’enthousiasme des Français pour Wagner. De nombreux compositeurs français font le pèlerinage au Festival de Bayreuth. La première de Lohengrin a lieu le 16 septembre 1891 au Palais Garnier. Le triomphe posthume de Wagner à l’Opéra de Paris se consolidera encore davantage jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le 4 janvier 1914, le monde musical a les yeux rivés sur Paris, où a lieu la première française de Parsifal. Durant les années 1920, le public français boude Wagner, jusqu’à ce que Wilhelm Furtwängler dirige Tristan en 1932. En 1966, le Paris wagnériste découvre le « Nouveau Bayreuth » de Wieland Wagner avec son Tristan.

César Franck et les autres compositeurs français se laisseront entraîner dans le maelstrom wagnériste. Certaines œuvres de Franck sont empreintes d’un wagnérisme certain. Sa sonate pour violon et piano pourrait avoir donné naissance à la Sonate de Vinteuil, compositeur inventé par Marcel Proust dans son roman-fleuve À la recherche du temps perdu. Qui sont les autres ? Il y a, tout d’abord, Claude Debussy ; puis la « famille » de Franck, c’est-à-dire les compositeurs français contemporains, tels que Lalo, Chabrier, Massenet ou Fauré. Ils sont tous empreints d’un wagnérisme plus ou moins virulent, dont témoignent leurs opéras. À côté de la vaste famille musicale de Franck, il y a encore les proches élèves, que l’on désigne sous le collectif de « bande à Franck », tels que d’Indy, Chausson, Duparc, Ropartz et Lekeu. Ils sacrifient tous au wagnérisme ambiant, dont les traits les plus marquants seront illustrés au moyen d’exemples musicaux.

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Né à Luxembourg, Jean-Paul Bettendorff a été critique musical au Luxemburger Wort, avec, en particulier, la couverture annuelle du Festival de Bayreuth, de 1989 à 2014. Depuis 2011, il donne des conférences musicales sous forme d’introduction à des concerts et à des opéras auprès de diverses institutions, notamment le Festival de Bayreuth en 2010, mais aussi l’Orchestre national de Lorraine à l’Arsenal de Metz, le Grand Théâtre de Luxembourg, l’Orchestre de Chambre du Luxembourg, les Cercles Richard Wagner (Bruxelles, Nice)… Il est également collaborateur libre auprès de radio 100,7 (radio de service public au Luxembourg), pour laquelle il produit des séries d’émissions musicales à thème (musique baroque, musique classique, musique romantique, musique du XXe siècle, compositeurs maudits, compositrices, etc…), ainsi que des critiques en direct du Festival de Bayreuth, depuis 2014. Jean-Paul Bettendorff est vice-président du Cercle Richard Wagner Trèves-Luxembourg, premier Cercle à opérer d’une manière transfrontalière, avec des projets d’extension dans l’Est de la France.