FAUST À L'OPERA DE PARIS

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Anne HUGOT LE GOFF, il y a 4 mois et 1 semaine.

  • #2800

    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

    Il n’est pas question de Wagner: c’est vrai. Mais il est question d’un de ses contemporains….. et de mise en scène, sujet qui ne laisse jamais nos lecteurs indifférents. Alors, allons y!

    Un vrai moment de bonheur, même si quelques excès du jeune trublion de la mise en scène Tobias Kratzer auraient pu être évités. Mais, non seulement il n’y a aucune trahison de l’oeuvre, mais le metteur en scène fait ressortir certains aspects parfois trop englués par la tradition. On aurait pu se passer de la très dispensable transposition de la scène de l’église dans le métro…. Le parti pris de Kratzer d’annihiler le côté religieux inséparable du très bigot Gounod n’est certainement pas ce qu’il a fait de mieux.

    En tous cas, je ne conçois pas une représentation de Faust qui ne soit pas transposée dans le monde moderne. Ce qui fait la force de ce qui est , pour moi, un des chefs d’oeuvre absolus de l’opéra français, c’est son intemporalité -donc sa modernité! Le replacer au Moyen-Age lui fait perdre une bonne partie de son intérêt. Car enfin, Faust, nous le connaissons tous! C’est ce prof de Fac, intello brillantissime, invité à tous les colloques, présidant tous les jurys de thèse, qui n’a en fait qu’une idée: sauter ses petites thésardes (certains s’exercent avec leurs propres belle-filles). Valentin c’est le grand frère qui veille sur sa soeur comme le lait sur le feu: te mets pas en jupe, je te dis! et sort pas sans tout foulard, voyons, pour qui la perte d’une virginité est quasiment passible de mort. Méphisto? le professeur Niehans touillant son remède magique de petites cellules fraiches. Et Marguerite, la petite banlieusarde inculte, mais la tête embarbouillée de romans Harlequin. Ce qui peut justifier, d’ailleurs, qu’on minimise l’aspect croyant de la jeune fille. Ils sont tous, d’une certaine façon, plus réalistes en 2020 qu’en 1860! Je dirais que j’aurais été plus loin que Kratzer en faisant de Siebel carrément une jeune fille -oui, pas un garçon à voix flutée…. mais une homosexuelle dont le dévouement pour celle qu’elle chérit peut aller beaucoup plus loin que celui d’un amoureux. D’ailleurs (une des deux entorses au livret) elle se sacrifie à la fin pour que Marguerite échappe à l’enfer.

    Le premier acte, avec le passage du « vieux » Faust au jeune Faust est traité avec énormément d’élégance. L’acteur âgé (Jean-Yves Chilot) qui l’interprète est excellent. Et on le retrouvera, régulièrement, jusqu’à la fin, pour nous rappeler que le rajeunissement de Faust n’est qu’un rajeunissement de façade. Il reste vieux dans sa tête…. Ce qu’il est vraiment, malgré le miracle du lifting, est toujours là.

    La vidéo permet la réalisation de toutes les diableries. Mephisto et Faust volent au dessus les toits de Paris… galopent au long de ses artères (là on est plutôt dans Berlioz…).

    Marguerite et Marthe habitent l’une au dessus de l’autre dans une sorte de HLM. Sylvie Brunet-Grupposo est excellente dans son incarnation de dame mûre qui se prend pour une jeunette en jean slim, réussissant le tour de force de ne pas la rendre ridicule comme c’est trop souvent le cas; Christian Helmer est très bien chantant aussi dans le bref rôle de Wagner. Enfin, Florian Sempey est un magnifique Valentin.

    On apprécie d’entendre la version intégrale, avec des airs et même des scènes, entre Marguerite et Siebel (Michèle Losier) qui sont généralement coupées. Mais la seconde entorse au livret, que les puristes déploreront naturellement, mais que personnellement je pardonne parce qu’en fait, comment s’étonner qu’ayant pris totalement possession de l’âme de Faust, le diable ne se paye pas le plaisir d’utiliser son corps? c’est que Méphisto passe le premier. Avant que Faust n’enlace enfin sa chérie, Méphisto l’a plus ou moins violée (il lui a bandé les yeux); pas étonnant que l’échographie révèle que Marguerite porte en son ventre….. Rosemary’s baby. Une justification, peut-être, pour ne pas avoir supporté son existence….

    Revenons en aux trois protagonistes. Découverte de Christian Van Horn, que je ne connaissais pas. Bon! très bien; la lignée des baryton-basses américains grand/maigres si brillamment illustrée de Sherill Milnes à Thomas Hampson en passant par Samuel Ramey ne s’éteindra pas! Elégant, sobre, très à l’aise sur scène, on a vraiment envie de le revoir. Marguerite n’est pas pour Ermonela Jaho, a priori. Peu importe: elle est bouleversante. Sa voix limpide, qui quelquefois donne l’impression d’être à la limite de la rupture, est tellement plus émouvante que les voix puissantes généralement distribuées dans ce rôle, mais psychologiquement hors de propos. Son engagement est total.

    La déception vient de Benjamin Bernheim. Très en retrait pas rapport à ses prestations habituelles, et si peu présent! Certes, c’est comme cela que Kratzer l’a voulu, petit toutou à la merci de la volonté de Méphisto, resté passablement vieux et hésitant dans la tête -mais probablement pas inconsistant à ce point là!

    Le verrons nous bientôt « en vrai »???

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