LA WALKYRIE au MET (enfin, au cinéma GAUMONT)

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Anne HUGOT LE GOFF, il y a 2 mois et 2 semaines.

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    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

    Une magnifique soirée devant la Walkyrie proposée par le Metropolitan Opera de New York. D’ailleurs, les Newyorkais sont si contents qu’ils commencent à applaudir très largement avant les dernières mesures des sublimes adieux de Wotan…. Horreur! On se calme, les Ricains.

              Oh, surprise! La vénérable institution fait preuve d’audace en acceptant un décor non figuratif. Décor de troncs d’arbres ou de planches, qui ne cesse de se modifier sous nos yeux, sans que l’on sache très bien si ce sont les éléments qui évoluent ou les vidéos qui les font évoluer. Entre les troncs d’arbre se dissimulera Siegmund, poursuivi par les sbires de Hunding; sur les planches, cela figurera un désert rocheux où évoluent Wotan et les Walkyries, avec comme des coulées de lave. C’est diversement réussi, mais c’est intéressant et intelligent; il faut voir les Walkyries galoper leurs planches qui basculent d’avant en arrière, comme les tape-culs des jeux pour enfants, avant de lâcher les rênes et de se laisser glisser, c’est assez irrésistible; et le dernier tableau qui nous montre, par quelque jeu de miroir, Brünnhilde endormie entre les blocs rougeoyants, est magnifique.  La modernité ne va pas jusqu’aux costumes, qui sont traditionnellement de style « médiéval/barbare », filiation Game of Throne assurée, mais on pense aussi à Kupfer. Costumes qui vont du très réussi (Hunding, Wotan…) au raté (les Walkyries). Et il ne manque pas une tête de bélier au (magnifique) trône de Fricka…

              Pourquoi aller voir ce spectacle? Pour Eva-Maria Westbroek! J’avais eu l’impression, ces derniers temps, qu’après un quart de siècle au top, notre soprano néerlandaise commençait à décliner. Faux! Sa Sieglinde est juste sublime. Amincie, rajeunie (et mise en valeur pour une fois par un costumier qui ne cherche pas avant tout à ridiculiser sa victime, cheveux acajou rejetés  en arrière, visage sans maquillage, stricte robe de laine),  juste dans ses plus infimes mouvements, expressive avec discrétion, elle est une Sieglinde d’anthologie. Quelle beauté vocale! Quelle ligne de chant!

              Et…. pour Stuart Skelton? Là, je suis obligée de faire une incise. Je crois au spectacle total. Je crois que les chanteurs doivent aussi être ce qu’ils sont, sinon il suffit d’acheter  un cd. Je me rends compte que j’ai toujours entendu Skelton sans l’écouter, tant son physique néanderthalien, sa maladresse à déplacer cette lourde carcasse me mettait mal à l’aise.  Là, le miracle opère…. son long dialogue avec Sieglinde est si bien chanté, si beau, que l’acteur a disparu derrière Siegmund.

              A Paris, Eva-Maria va retrouver le Jojo de ces dames. Intéressante confrontation…

              Le Hunding de Günther Groissböck, excellent comme toujours (même si bizarrement il est moins sobre qu’à son habitude!), complète bien ce premier acte de rêve, la musique la plus sensuelle que Wagner ait jamais écrite. Ici, la sensualité est partout, et même à travers les gestes possessifs de Hunding, qui cherche à toucher son épouse, on se dit qu’à sa façon de brute, il l’a sans doute aimée…

              Mais celle que le public attend, c’est Christine Goerke. Que dire….. oui, c’est une Brünnhilde, ça ne fait aucun doute; elle en a toutes les notes, elle en a la puissance; sûre que, s’il y avait un lustre en cristal, il n’aurait pas résisté au Heihoho. Résolue et ne s’économisant pas, elle mimique beaucoup, au début lutinant son papounet, puis désespérée d’être rejetée, mais…. mon Dieu! qu’elle est peu poétique! (surtout quand on a vu la Westbroek à l’acte précédent). C’est quand même la fille de madame Erda….. c’est pas la fille de madame Angot..

              Sur Greer Grimsley on peut faire à peu près l’analyse opposée. C’est sûr que c’est pas la plus belle voix pour chanter Wotan. Engorgée, creuse, trémulante…. Mais quelle présence! Il perpétue la lignée des barytons/basses américains grands-maigres (Milnes, Ramey, Hampson…), sauf qu’on n’est pas très sûr qu’il soit baryton ou basse. Mais quelle présence! Quand il apparaît pour la première fois, longiligne dans les articulation métalliques de son armure, visage émacié, courte barbe, on se dit: mais c’est Don Quichotte! Et tout de suite, c’est comme une évidence, bien sûr que Wotan c’est Don Quichotte, combattant sans espoir contre la disparition des Dieux qu’il sait inéluctable….

              Le pack des Walkyries est très inégal, il y a du meilleur et du pire, (en tous cas une chose est sûre: on est bien nourri dans la maison Wotan) mais leur tenue: corset en sequins, manches en résille, jupon en satin acier sur les bottes….. ça fait comédie musicale. Walhalla side story, quoi. C’est plutôt joli d’ailleurs. Mais hors de propos.

              Il est évident que Robert Lepage, homme de théâtre, sait tirer le meilleur parti de ses comédiens. On se dit que l’Opéra a besoin de gens comme lui, capable d’innover sans trahir l’oeuvre sur laquelle il travaille. « Notre » Philippe Jordan est lui aussi très applaudi; on sait qu’il domine parfaitement le répertoire wagnérien.

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