Reprise du Vaisseau Fantôme dans la mise en scène de Willy Decker

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Anne HUGOT LE GOFF, il y a 3 mois et 1 semaine.

  • #2867

    Anne HUGOT LE GOFF
    Modérateur

           Plutôt heureuse de ce dimanche après-midi…. reprise de la mise en scène de Willy Decker, vue il y a une éternité (je pense que j’ai raté celle de 2010). C’est le monde d’avant: maintenant, un Vaisseau Fantôme se doit d’être filmé dans un asile psychiatrique; Eric est médecin, Mary infirmière et Papa-Daland vient apporter à fifille des bi-joujoux pour tenter de la tirer de sa torpeur. Ouf! en revenant à Decker, on a échappé à ça. Decker, un vrai metteur en scène d’opéra, pas un touche à tout, privilégie une esthétique dépouillée (un peu dans la lignée de Wieland Wagner j’imagine). Grand plateau nu, qui permet les changements d’acte à vue et autorise la suppression de l’entracte. Sur un mur, une marine géante sur laquelle le vaisseau pourra se surimprimer ou s’effacer, devant laquelle Senta est plantée, serrant contre son coeur le portrait du marin blême; sur l’autre, une porte également surdimensionnée, que les protagonistes ne peuvent manoeuvrer de l’intérieur, symbole de leur enfermement; plus précisément, de l’enfermement psychique de Senta; le Hollandais, lui, est souvent enfermé dehors -dans son univers de vent et de tourmente: quand la porte est grande ouverte, on aperçoit la mer, mouvante, parfois un morceau de voile rouge du bâtiment maudit ; lui reste sur le seuil, devant la porte entre-baillée, son ombre se projetant sur le mur. Le Hollandais n’est, en fait, qu’une ombre. Simplicité, fidélité, dépouillement, moi c’est exactement le genre de mise en scène que j’aime. Même si j’accepte que pour un metteur en scène, avoir de l’opéra une vision purement onirique, ou psychanalytique, c’est tentant. Et facile.

           Dans le premier acte, cette pièce est une pièce technique de l’aménagement portuaire. Les marins y tirent les cordes d’amarrage, avant de se reposer; le Hollandais se déplace au milieu du cordage; l’enfermement encore. Puis, elle sera le local de travail des fileuses. C’est dans le dernier acte que ça coince un peu, car les jeunes filles et les marins sont obligés de se tordre le cou devant la porte pour voir les fantômes du bateau maudit….. mais c’est un détail. La vie que Decker sait imprimer aux groupes, la justesse de leurs positions, de leurs gestes, de leurs déplacements: quel beau travail!!

           Un joli final: une jeune fille se détache du groupe, va reprendre le portrait que Senta, morte, a enfin laissé échapper, et retrouve sa pose hypnotique devant le tableau; décidément, on a beau tenter d’éduquer les filles, il y en aura toujours qui rêveront de consacrer leur vie à revivifier une âme perdue (on sait que les serials killers dans leurs cellules reçoivent moultes lettres d’amour….)

           Je n’ai jamais été très fan de Ricarda Merbeth. Pour moi, en tous cas, ce n’est pas une « soprano wagnérienne blonde » suivant la terminologie de Christian Merlin. Au lieu d’une très jeune fille rêveuse et romantique, elle nous donne plutôt à voir une foldingue. Toujours capable de beaux cris, elle a souvent, surtout dans le medium, une instabilité de la voix qui devient irritante. Eric assez inexistant de Michael Weinius, empêtré dans son embonpoint, mais timonier fort prometteur de Thomas Atkins. Oublions une Mary indigne. 

           Après tout, le Vaisseau Fantôme est aussi un festival de voix sombres, et là, on est heureux. En fait, je dis ça parce que la voix de baryton-basse est, de toutes, celle que je préfère…. La grande scène entre le Hollandais et Daland est un vrai bonheur (pour moi) même si on aimerait un peu plus de caractérisation vocale; peu de différences entre des voix toutes deux brillantes dans le haut de leur registre, et moins à l’aise dans le bas, même si Gunther Groissböck est censé être une vraie basse, et Tomasz Konieczny un baryton-basse. On sait que dans Wagner ces classifications sont souvent ambigües…. Groissböck, habitué de rôles plutôt nobles, rend il suffisamment compte de la cupidité de ce triste sire qu’est Daland? On peut en discuter….

           Les choeurs, maintenant cheffés par une petite chinoise, Ching-Lien Wu (en fait elle a mené toute sa carrière en France et en Europe) ont toujours autant de présence scénique. Parmi eux, quelques masques (des choristes fragiles ou simplement un peu hypocondriaques?) mais suffisamment clairsemés pour que cela ne soit pas gênant, contrairement à certaines productions de l’hiver dernier. 

           Bref: mention très bien 

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